Citiscape by CitizOn | Histoires urbaines made in Morocco 🇲🇦
[Épisode 4] Fatema Mernissi : La République des Femmes
À propos de cet épisode
On cite souvent Fatema Mernissi comme une intellectuelle, une sociologue, une figure du féminisme marocain et arabe. Mais on oublie parfois d’où parle sa pensée. Elle ne naît pas dans l’abstraction. Elle naît d’un lieu, d’un corps, d’une ville, de frontières très concrètes : celles des maisons, des patios, des harems, des rues interdites, puis progressivement conquises.
Dans cet épisode de Cityscape by CitizOn, il ne s’agit pas de résumer une œuvre théorique, ni d’aligner des concepts. Il s’agit de comprendre comment une pensée s’ancre dans l’espace. Comment la ville, ses règles implicites, ses séparations visibles et invisibles, façonnent une trajectoire intellectuelle. Chez Mernissi, le politique commence souvent dans le quotidien : une porte qu’on ne franchit pas, un regard qu’on évite, une parole qu’on apprend à retenir — ou à formuler autrement.
Fatema Mernissi observe très tôt que les frontières les plus solides ne sont pas toujours matérielles. Elles sont mentales, sociales, symboliques. Le harem qu’elle décrit n’est pas seulement un lieu clos : c’est un système d’organisation du monde. Un dispositif qui distribue les rôles, les espaces, les possibles. Et c’est précisément depuis cet enfermement que naît une pensée du mouvement, du passage, de la transgression douce mais déterminée.
L’épisode explore cette tension constante entre intérieur et extérieur. Entre tradition et modernité. Entre foi, pouvoir et interprétation. Fatema Mernissi ne détruit pas : elle questionne. Elle ne simplifie pas : elle complexifie. Elle s’intéresse aux récits fondateurs, aux textes religieux, aux mythes politiques, non pour les rejeter, mais pour les relire, les déplacer, les ouvrir.
Cityscape by CitizOn s’attarde aussi sur la dimension urbaine de son œuvre. Car penser le genre, chez Mernissi, c’est aussi penser la ville : qui occupe l’espace public, qui y circule librement, qui y parle, qui y est vu. Ses textes dialoguent avec les médinas, les salons, les universités, mais aussi avec les places, les cafés, les scènes internationales où sa voix porte bien au-delà du Maroc.
Loin des slogans, Fatema Mernissi propose une autre forme de radicalité : celle de l’intelligence patiente, du récit personnel comme outil politique, de la nuance comme force. Une pensée qui ne cherche pas l’affrontement frontal, mais le déplacement des lignes, lentement, durablement.
Cet épisode de Citiscape by CitizOn est une traversée. Celle d’une femme qui a transformé des contraintes en matière à penser. Et qui nous rappelle que les villes, comme les sociétés, changent aussi grâce à celles et ceux qui apprennent à lire leurs fissures.
Un récit d’idées, mais surtout de lieux, de voix et de passages.
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