Les Bonnes Ondes | Le Maroc en sons et en récits
Travailleuses invisibles | Les métiers de la discrimination au Maroc
Travailleuses invisibles | Les métiers de la discrimination au Maroc
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À propos de cet épisode
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Et si la majorité des travailleuses que vous croisez chaque jour n'existaient pas sur le papier ?
Au Maroc, les statistiques officielles dressent un portrait figé : le taux d'activité des femmes stagne douloureusement autour de 19 %, signifiant que quatre femmes sur cinq en âge de travailler seraient inactives, sagement cantonnées à leur foyer.
Pourtant, il suffit de regarder autour de soi pour constater que la réalité du terrain est tout autre. Dans nos villes, les femmes sont partout : derrière les comptoirs, dans les restaurants, chargées du nettoyage dans les bureaux ou arpentant les couloirs des avions. Ces données officielles ne mesurent en réalité qu'une seule facette de l'économie : celle du travail déclaré.
Adapté de l'ouvrage collectif Travailleuses invisibles, les métiers de la discrimination au Maroc, publié par la maison d'édition En toutes lettres dans sa collection « Enquêtes », ce podcast propose une plongée saisissante dans le paradoxe de la ville.
Fruit d'une collaboration avec le studio de production Les Bonnes Ondes, cet épisode cherche à comprendre un phénomène profondément troublant : pourquoi l'omniprésence des femmes en milieu urbain n'est-elle pas synonyme d'émancipation, mais se traduit-elle bien souvent par un simple déplacement de la précarité ?
Présenté par Hicham Houdaïfa, directeur de la collection, cet épisode lève le voile sur deux univers professionnels que tout oppose en apparence, mais qui partagent une même mécanique d'invisibilisation :
Le mirage du ciel : Grâce au travail de la chercheuse en sociologie Oumaima Jmad, initié lors du programme Openchabab, découvrez l'envers du décor du métier fantasmé d'hôtesse de l'air. Dans ce secteur hyper-structuré aux contrats solides, les femmes subissent ce que la chercheuse nomme « l'invisibilité dans la surexposition ». Soumises à des critères de recrutement drastiques (avoir moins de 27 ans, mesurer au minimum 1 mètre 60), elles endurent l'épreuve traumatisante de la balance, poussant certaines à des troubles alimentaires graves pour conserver leur poste. Leurs corps deviennent des vitrines pour la compagnie, contraintes de porter des tenues moulantes et des talons hauts, tandis que l'on exige de leurs collègues masculins qu'ils inspirent « le respect et la confiance ». Un prestige de façade qui masque un épuisement professionnel intense et un harcèlement banalisé.
Les ténèbres de la nuit urbaine : L'enquête nous emmène ensuite dans l'informel le plus total, au cœur des bars populaires et des cabarets du centre-ville de Casablanca. Des milliers de mères célibataires, fuyant souvent le rejet familial, y gagnent leur vie comme barmaids, serveuses ou entraîneuses. Pour avoir le droit d'y travailler, elles doivent fournir des documents pour une autorisation policière qui, comble de l'ironie, ne leur confère aucun statut légal ni carte professionnelle. Sans couverture médicale ni contrat, elles subissent une pression infernale : leur rémunération dépend directement du nombre de capsules de bière qu'elles parviennent à faire consommer, au détriment de leur propre santé et de leur dignité.
Pour éclairer ces récits poignants, incarnés par Yasmine Mahjoubi pour protéger l'anonymat des témoins, la sociologue et experte en politiques publiques Zoubida Reghay analyse l'échec des politiques gouvernementales et le manque de protection sociale.
Ce podcast démontre avec force que cette précarité, pénalisant lourdement les carrières féminines, n'est pas un accident économique, mais bien un choix d'organisation dicté par des normes sociales implacables.
Un podcast soutenu par l'Institut Français du Maroc, pour ramener le débat public sur des réalités que la société préfère ignorer.
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